Si se lever tôt de nos jours est relativement facile, aux siècles derniers, cela était moins évident.Q'elle soit à cristaux liquides, à quartz, la montre fait aujourd'hui parti intégrante de notre vie, sans compter le téléphone, les appareils électroniques et autres d'une fiabilité horaire incontestable.

Alors que les animaux possèdent instinctivement la notion du temps, pour l'homme, elle lui fait cruellement défaut. Il lui faut donc une division de ce temps pour accomplir le travail de la journée et de la nuit. Cela aboutira à la création de cadrans solaires (appelé aussi orloge), de clepsydres et de sabliers. Aux 5e et 6e siècles , les cloches des églises et monastères, actionnées manuellement annoncent les prières et offices. Elles sont au nombre de huit : laudes (aurore), prime (lever du soleil), tierce ( 3eme heure après le lever du soleil), sexte ( 6eme heure, soit midi), none (9eme heure), vêpres (coucher du soleil), complies ( 3eme heure de la nuit), matines ou vigiles (durant la nuit). La mesure du temps rythme ainsi le travail. Petit à petit, on assiste à un perfectionnement des horloges, l'horloge mécanique à engrenages va libérer cette dépendance à la lumière du jour et permettre une précision plus importante de la division du temps. L'horloge placée sur les façades des bâtiments en milieu urbain aux XIV° et XV° siècles, permet désormais de se référer aux heures sonnées par l'horloge afin d'organiser sa journée, même si elle ne possède encore qu'une seule aiguille. Ci-dessous , le Gros Horloge de Rouen installé en 1389.

le gros horloge      rue du gros horloge 1925

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le Gros Horloge de nos jours et en 1925

 

Les techniques s'améliorant permettent la miniaturisation, l'horloge ne cesse de diminuer en taille, en esthétique et en précision.A partir de 1700, l'aiguille des minutes se généralise sur les cadrans. le XVIII° siècle est donc l'époque de l'horlogerie exacte et le XIX° siècle voit enfin la démocratisation des montres devenant un objet accessible au plus grand nombre.

Malgré cet avancée dans l'horlogerie, le métier de réveilleur ou de réveille-matin, existait et était en usage au milieu du XIX° siècle. Métier singulier et surprenant de nos jours, nous en trouvons trace avec Alexandre Privat d' Anglemont ( 1816/1859). Personnage né en Guadeloupe et explorant Paris la nuit, nous fait connaître toutes sortes d'activités, métiers étranges ou complétement ignorés à nos jours et exercés par des marginaux qui ont une utilité pour la société en ce XIX° siècle. Il note:

" que la réveilleuse urbaine réveillait ceux qui devaient travailler vers deux à trois heures du matin. En général  c'était une femme qui passe toutes les nuits à parcourir en tous sens les quartiers de Paris pour réveiller les marchands, les forts, les porteurs et les acheteurs de la halle, n'a que dix centimes par personnes et par nuit.

Souvent il lui faut héler sa pratique pendant un quart d'heure avavnt d'en recevoir une réponse. Pour peu qu'un coup de picton de trop soit égaré dans le gossier de l'abonné, il s'endort la tête lourde; la pauvre réveilleuse est obligée de monter trois ou quatre étages pour l'arracher aux douceurs du lit. Elle est reçue par des grognements, des bourrades. Rien ne l'émeut: elle a sa conscience pour elle; elle sent qu'elle fait son devoir, et elle sourit encore à ceux qui l'injurient, persuadée que le lendemain ils la remercieront de son insistance.

L'état de réveilleuse est un des plus durs et des plus fatigants de tous ceux qui s'exercent aux alentours des halles et marchés, et néanmoins c'est un des moins rétribués. Aujourd'hui que les affaires vont bien, que les loyers augmentent, la concurence s'en est mêlée, et, il y a des réveilleuses qui s'offrent à dix centimes, et qui sont obligées, pour satisfaire leurs pratiques, de se transporter jusqu'au fond des faubourg bien avant l'heure qui leur est désignée.Auparavant, lorsque l'agglomération existait dans le quartier de Saint-Denis, une bonne réveilleuse ( car là comme partout il y a des gens qui ont du talent, qui sont plus ou moins appréciés; les voix claires et perçantes, par exemple, sont surtout recherchées), une bonne réveilleuse, disons-nous, pouvait avoir jusqu'à quinze et vingt clients, ce qui faisait une journée de trente à quarante sols par jour, sans compter les bonus, plus les ménages des réveillés, qui lui étaient presque toujours octroyés.  Aujourd'hui en 1900, il est presque impossible, avec la dissémination causée par les démolitions nouvelles, d'en réunir plus de cinq ou dix ".

halles de paris en 1900   

 

 

 

                                             

 

 

 

 

halles de Paris 1900

Nous retrouvons également dans le livre " les invisibles de Paris " page 152 de gustave Aimard et henry Crisafulli édité en 1876, mention d'une nouvelle parlant de la réveilleuse :

" Un jour qu'elle venait de faire sa tournée de réveil, car tout en exerçant son métier de marchande de quatre-saisons, la Pacline, qui dans ce temps-là, cumulait et exerçait en même temps la profession de réveilleuse des Halles, profession qui consiste à réveiller dès l'aube les forts de la halle et les maraîchers logés dans les garnis du quartier, moyennant une minime rénumération..."

Amédée Fraigneau, dans son livre " Rouen bizarre ",passe en revue quelques métiers bien singuliers disparu de nos jours dans la ville de Rouen et en particulier celui des réveille-matin.Je vous retranscrit son passage, afin de vous plonger un peu dans leur quotidien pour le moins pittoresque:

" Ils sont une dizaine au plus, logés les uns dans le quartier Saint-Sever,les autres aux environs de la rue Martainville; d'autres enfin dans le dédale des petites rues avoisinant la place du Vieux-Marché.

A l'heure où dorment les gens vertueux et où les noctambules quittent les brasseries, on les voit sortir de chez eux. Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il tonne, ils cheminent d'un pas égal et s'appuient généralement sur un solide gourdin.

Tout à coup, on les voit s'arrêter devant la devanture d'une boutique.Ils lèvent leur gourdin, en frappent le fermeture métallique et cirent : " Ohé! Boulanger ! ohé ! Boulanger ! ". On peut croire tout d'abord à une manifestation politique. Mais les sergens de ville (quand il y en a par hasard dans la rue ) restent calmes, ils savent de quoi il s'agit.

Au bout de deux ou trois minutes, une tête enfarinée parait à une lucarne; une voix d'être à moitié endormi s'écrie : " C'set bien ! on y va ! "La lucarne se referme et l'homme au gourdin se retire tranquillement avec la satisfaction du devoir accompli. Et c'est de cette façon qu'entre une heure et trois heures du matin, sont réveillés tous les garçons boulangers de Rouen.

Nous avons dit que les réveille-matin étaient environ au nombre d'une dizaine. Comme il y a dans la ville cent deux boulangers, chacun des industriels bizarres dont nous nous occupons possède en moyenne dix cliens. Après les dix stations, les dix cris de " ohé boulanger ! " les dix réponses de " c'est bien ! on y va ! " les dix individus à gourdin vont se coucher. Ils ont gagné environ un franc dans leur nuit; - de quoi vivre pendant le jour suivant. Cependant, comme le métier est pénible, comme les affaires ne sont pas toujours prospères, ils s'arrangent de façon à avoir des abonnés. Chaque réveille-matin a sa clientèle spéciale qui lui rapporte, bon an, mal an, 300 francs environ, y compris les étrennes du jour de l'an et les petits verres vidés sur les comptoirs des marchands de vin.

Le réveille-matin humain vaut mieux que n'importe quelle pendule, car, tandis que l'instrument d'horlogerie ne sonne que pendant un temps déterminé, l'homme frappe avec son bâton jusqu'à ce qu'on lui ai répondu. Il a raison des sommeils les plus lourds et des ronfleurs les plus opiniâtres. Quand le garçon boulanger, fatigué par son travail, n'entend pas les appels, le réveille-matin pousse la complaisance jusqu'à lancer un caillou dans la fenêtre du retardataire. La vitre est cassée, mais la consigne, - qui est de ne pas ronfler, - est sauvée.

Dire que c'est grâce à ces industriels infimes que nous devons quelquefois notre pain, sans retard et pas trop chaud ! "

place st sever

 

 

 

 

 

 

 place saint sever 1900

les halles rouen

 

 

 

 

 

 

halle de rouen, place du vieux marché 1900

rue martainville

 

 

 

 

 

 

 

 

rue martainville de nos jours

Métier difficille donc que celui de réveille-matin et de réveilleuse,en échange de quelques sous, ils venaient réveiller leur client endormi. De ce fait, ils tapaient dur sur les portes où criaient le  plus fort possible  pour les réveilleuses. Ils devaient souvent ainsi avoir des conflits avec les voisins de leurs clients dont le sommeil  était interrompu.la profession disparaitra peu à peu, du fait de la restructuration des quartiers obligeant les personnes à aller de plus en plus loin et sans doute de la faible rénumération de ce métier.

Il existait aussi le réveilleur de nuit qui parcourait les rues la nuit dans quelques villes de france en criant "Réveillez-vous, gens qui dormez ! Priez Dieu pour les trépassés  ! " (  un gardien de nuit d'après le dictionnaire de la langue française, Emile, Litré ).

Désormais il est bien loin le temps où nos ancêtres étaient réveiller au chant du coq pour commencer le travail de la journée !

g.chapalain

sources:

rouen bizarre de amédée Fraigneau, paris inconnu de alexandre privat d'anglemont, les invisibles de paris gustave aimard et henry crisafulli

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