une histoire de revenant
Nous sommes en 1692 dans le petit village de Léaz du département de l'ain. Le curé de la paroisse est victime d'une étrange mésavanture. Des phénomènes étranges se produisent sous les combles de sa cure.Une présence se manifeste, il pense qu'il s'agit d'une manifestation de son père dont l'inhumation a eu lieu il n'y a pas très longtemps. Pris par l'exercice de son ministère,il aurait négligé les prières pour le repos de l'âme de son père, qui de ce fait manifesterait ainsi son mécontentement.
Si tel au début est son interpétation, des doutes s'infiltrent en sa pensée au point qu' il envisage la présence d'une personne cachée sous les combles, une discusion s'engage entre eux , discusion dont je vous trancris la texture à travers la rédaction du curé Brunet dans les actes de sépulture du registre paroissial de Léaz :
Le 27 février mil six cent nonante deux, je soubsigné confesse et atteste quayant ensepulturé honorable Benoist Brunet, mon père, bourgeois de Montréal, le 5 may 1691, ayant satisfaict à tout les devoirs funéraux, mais comme il est morts beaucoup de personnes pendant la présente année, et que ayant vouleu satisfaire à la dévotion des parents des defuncts, soit aux messes de fondation, je nay peu appliquer tous mes sacrifices, dont pour le repos de lame de mon père. cependant six semaines...
on a ouï un grand bruit dans ladite cure presque toute les nuicts et si vray que mes nepveux nosant couché seuls appelloient les voisins pour couché de compagnie avec eux qui ont eu part de la peur causée par le bruit et moy certifiant estant dans le lict, je me sentis roulé de part et dautre dans ledit lict comme lors quon excite un dormamnt pour leveillere.
je criat: qui est la. Une voix me respond en langue vulgaire: il est jour . Je leve mon rideau et je repond: il n'est pas vray.
Après quoy jentent un bruit tout le long de ma chambre comme si un avoit trainé un plain sac de nled. je me leva promptement, je chercha partout, je ne trouve personne et cestoit laube du jour. A linstant jalla dire la sainte messe pour dit père et comme madame Buffet vient a mourir, je feu occupé pendant une neufvaine de messes pour elle. Et les bruits de ladite cure saugmentoit ledit soir 27 dudit février. Un mercredy des quatres temps a neuf heures du soir pendant un temps de pluyes sans fins, venant de voir un malade, le sieur Buffet de Lyon, pour la confession, estant entrédans mon dit presbitaire et ayant ...
fermé la porte a la clef par derriere et allumé la lampe pour faire ma priere, jentent un grand coup sur la plachié d'en haut en la chambre du dessus le pressoir, ou meme jentra, et soudain voyla un bruit si viollent que douze batteurs de bled nen auroient pas faict davantage. Le granie me tomboit dessus de tout coté comme la grele.
Je crie : qui est la haut. Point de reponse. Je sort et passe par la grande chambre et entre dans la petite ou je couche. Le dit bruit continue. Jecria plusieurs fois: qui est lâ haut, respondé, que voulé vous. Et il neut aucune responce. Je le presse et luy dict: respondé de la part de Dieu, que voulé vous. Et pour lors jentendois une voix qui me respond d'un ton pitoyable: et dalent, hoy. Je luy demamde pour une seconde fois: est vous en peine. Il me respond pour la 2 de fois : hoy. et pour la 3iéme : je vous promet pere que je prieray Dieu demain pour vous. Il me respond pour la derniere fois : hoy.
et fit en mesme temps encor un bruit en se tranant par le dessus de la chambre. Et de peur que je ne feut trompé par quelqu'un, jalla moy mesme...
au galata soit par dessus toute les chambres avec ma lampe allumé que je n'avois point quitté et chercha par tous les coins. Je ne trouva rien. Tout le contenu cy dessus est véritable sans adjout ny diminuer. C'est un homme de cinquante ans qui parle, pretre et curé quine vouldroit pas conté des fables, et le lendemain, j'envoya prendre les pretres du voisinage pour prier pour le respot de lame de mon dit pere, Ensuite de quoy nous n'avons oüi aucun bruit. Je certifie par foy et serment quil est véritable, ce 29 février 1692. Brunet curé.
église de Léaz ( photo de Ghislain Lancel ).
Qu'aurions nous fait à sa place ? Dans de telles circonstances, la stupéfaction est intance au point de retranscrire dans les registres de la paroisse une telle mésaventure. L'émotion est grande face a peut être cette manifestation d'un phénomène paranormale dans une France à cette époque très croyante. Notre curé n'a pas perdu son sang froid au point d'engager le dialogue avec l'inconnu.iI n'en demeure pas moins que les manifestations cessent dès que des prières pour le repos de l'âme de son père sont effectivement faites.
Il est toujours difficile devant un phénomène prétendument paranormal de savoir si nous sommes victime ou non d'une illusion.La notion de paranormal matérialise les angoisses métaphysiques de l'homme et l'irrationel n'est pas seulement ce qui n'est pas expliqué. Peut être s'agit-il d'une dimension incontornable et essentielle de l'Univers et de l'Homme.
Toujours est-il qu'il est interréssant de transcrire ces témoignages du passé qui peuvent servir à compléter l'histoire d'une famille ou d'un village. Etait-ce une fable ou la réalité, nous ne le serons jamais, mais comptons sur la droiture et la morale de notre curé pour en décider.
sources:
registre sépulture de Léaz 1681/1697, vues 15,16,17,18 /24.
histoire-genealogie.com
G. chapalain
réouverture des archives de seine maritime
la nouvelle salle de lecture a désormais ouvert ses portes dans le quartier gramont sur la rive gauche de Rouen, 42 rue henri II Plantagenêt, 76100 Rouen , dans le bâtiment qui abrite aussi la bibliothèque de quartier Simone de Beauvoir et cela depuis le 13 février 2012. Horaires d'ouverture de 8h45 à 17h du lundi au vendredi . les 1er, 2e et 3e samedis de chaque mois de 8h45 à 12h.
L'nauguration aura lieu le vendredi 16 mars 2012 à 17h30 avec présentation d'un film sur le Débarquement du 19 avril 1942, commenté par Philippe Chéron, chercheur au service régional de l'inventaire.
Le samedi 17 mars 2012, une journée portes ouvertes est organisée afin de venir découvrir le Pôle des Archives historiques. Des visites guidées de 45 minutes permetteront de découvrir les coulisses du bâtiment pour parler de la conservation des documents et du métier d'archiviste. Les visites s'échelonnant de 9h15, 10h15, 11h15, 14h15, 15h15 et 16h15.
Suivant les places disponibles, des ateliers seront proposés pour s'initier au fonctionnement de la salle de lecture ou à la recherche dans les archives numérisées.
De plus, des bornes multimédia passeront en boucle des documents vidéos sur les Archives, exposition virtuelle, diaporama et quizz.
L'exposition inaugurale "parcourir l'Histoire en Seine maritime" sera en accès libre de 9h à 12h et de 14h à 17h ce jour-là.
Enfin , très attendu par tous les généalogistes, la mise en ligne des archives le mercredi 7 mars 2012, en accès gratuit sur un site web rénové verra le jour après bien des péripéties.
Nous y trouverons: l'état civil, l'intégralité du journal de rouen de 1762 à 1947, des plans cadastraux anciens et à terme les archives de l'inscription maritime pour les bureaux du Havre et de Rouen.( ceux de Dieppe et de Fécamp, étant conservés à Cherbourg par le service historique de la Défense).
Dans le cadre de cette ouverture des Archives au sein du pôle culturel Gramont, est organisé une exposition intitulée " Parcourir l'Histoire en Seine Maritime" du 1er mars au 29 juin 2012. Cette exposition comportera 5 parcours qui emmeneront le visiteur sur les routes du patrimoine de Seine Maritime dont les thèmes sont les suivant: les abbayes, l'habitat du littoral, les maisons des écrivains, la seconde guerre mondiale, la reconstruction et le patrimoine industriel.
36 sites historiques seront ainsi illustrés par 60 documents originaux, écrits, photos et cartes postales anciennes. Pour ceux qui souhaient se rendre sur les sites , un guide sera édité et disponible sur le lieu de l'exposition ainsi que dans les offices de tourisme.
Source d'information : les infos de seine maritime de mars 2012 N° 75
autres manifestations en Seine Maritime
du 16 au 17 mars 2012 , Ferrières en Bray, L'Association Généalogique du Pays de Bray (AGPB), en partenariat avec la société Historique du Pays de Bray, organise les VIIIe Rencontre Généalogiques du Pays de Bray à la salle des fêtes le samedi de 14h à 18h et le dimanche de 9h30 à 18h. (entrée libre et gratuite).
Le samedi 31 amrs 2012 de 10h à 18h, à Fontaine-le-Dun, Le Cercle généalogique du Pays de Caux organise pour le compte de l'UCGHN la 10e Rencontre généalogique normande sur le thème de "la vie quotidienne de nos ancêtrs en dehors du travail: se nourir, se vêtir, se distraire" dans le complexe Bourvil .Seront présents aussi, le cercle du Pays de Bray, de l'Oise , de la somme et les cercles généalogiques de l'Union Normande ainsi que le Service Historique de la Défense, section "Marine". (site internet :http//www.genecaux.org )
Autres améliorations dans les archives Haute et Basse Normandie :
Pour les archives départementales de l'Eure, une nouvelle visionneuse permet de visualiser les actes numérisés (état civil, registres matricules, recensements de population) de façon plus conviviale et plus fonctionnelle.L'accès aus images numérisées est plus rapide et se fait désormais sans avoir à télécharger un plug-in. L'ergonomie de la visionneuse a été développée sous le logiciel Pléiade et a été entièrement revue. Les images proposées en moyenne définition, pourront être facilement visionnées en haute définition.
Pour les archives départementales de l'Orne, mise ligne des recensements de population de 1802 à 1901, ainsi que des registres matricules de recensement militaire de la classe 1867 à la classe 1910.
Voici donc pour la Normandie, un mois de mars bien fourni.
Chapalain g.
Procession nocturne à Embrun
L'hiver étant à nos portes, la neige n'ayant pas fait encore son apparition en normandie, nous allons ce mois-ci, faire une promenade dans les Hautes Alpes.Nous sommes le 16 décembre 1724, l'hiver est rude et la neige sur les sommets alpins abondante. Sous nos yeux, au travers d'un acte de décès nous allons assister en direct à un extraordinaire acte de dévouement et de solidarité de toute une collectivité villageoise pour porter les derniers sacrements à une femme sur le point de mourrir. Les conditions climatiques sont extrêmes , comme vous allez vous en apercevoir.
Le récit commence par le décès de Joseph Jacob le 15 décembre 1724, notre curé, François Dalmas, de la paroisse de sainte cécile, doit lui apporter le Saint sacrement au hameau de Calleyere, aussi je vous le laisse raconter ce récit.Ci-dessous quelques documents pour vous situer l'endroit, d'Embrun (05) au château de Calleyere , soit une altitude d'environ 1575 m. L'altitude la plus basse d'Embrun se situant à 775 m, nous avons donc une dénivellation de 997 m pour cette expédition nocturne.
Joseph Jacob de caleyre agé d'environ de 63 ans aesté inhumé a ste Cécile le 16 Xbre 1724. Dalmas curé
Nota. Joseph Jacob n'a pu recevoir les sacrements à cause de l'éloignement et de la rigueur de la saison. On me vint avertir le vendredy matin 15 pour luy administrer les sacrements et l'on pria en même tem Mrs les notaires d'y monter pour recevoir son testament mais la saison étoit si rigoureuse, les chemins si plein de neige qui tombait toujours avec une terrible bize, qu'aucun notaire n'eut le courage d'y aller. Je partis sur les neuf heures du matin,
emportant avec moy le très Saint Sacrement, mais quand nous fumes à milieu chemin de Calleyere il vint des hommes expres nous annoncer qu'il étoit mort. J'envoyay incessament un Expres à la ville faire sonner au clocher de la grande église, en faire sonner la petite clochette par la ville afin que la Confrairie du très Saint-Sacrement vint a la porte de la ville a la rencontre du St Sacrement que je fus obligé de raporter à la métropolle ou je donnay la bénédiction à la manière accoutumée.
Le lendemain Samedy 16 on porta à la ville le corps dudit Jacob pour l'inhumer, les chemins étoient si mauvais que près de trente hommes qui sayderent à le porter restérent depuis le Château de Calleyere jusque a la ville depuis le grand matin jusque à onze heures avant midy.
Nous allons à partir de ce passage assister à l'expédition mentionnée en introcduction , pour porter les sacrements à Anne Blanc, une paroissienne en fin de vie,dans un contexte très difficile d'un hiver alpin.
Dans le même tems qu'on sortoit de son enterrement, Claude Jellut, Rentier du domaine de l'hopital sistué en Calleyere au mas de Joutelle, me vint prier de monter audit Joutelle administrer les sacrements a anne Blanc sa femme qui étoit fort malade.Je partis a une heure et demy apres midy portant le St-Sacrement, accompagné d'un bon vallet et de touts ceux qui étoient venus a l'enterrement de Joseph Jacob. Nous allames toujours en chantant des hymnes, des pseaumes, ou en récitant le chapellet.Nous fimes une première station a la chapelle de Calleyere ou je reposaois le st6Sacrement pendant un demy quart dheure ou il fut gardé par ceux du hameau qui ne venoient pas de la ville, pendant qu'avec tous ceux qui venoient de la ville, nous entrame dans l'escurie de
Mathieu Blanc nous reposer un moment, et reprendre haleine pour monter jusques au Château dans le même ordre que nous étions venus de la ville. Nous fimes une seconde station dans la chapelle du Château ou je reposay le st-Sacrement et retitames encore, pour un demy quart dheure dans l'escurie de jean Arnoux pour y reprendre haleine car nous étions extraordinairement fatigués.J'avois fait porter deux bouteilles d'eau de vie avec quatre a cinq pots de vin. Nous primes tous un doitgt d'eau de vie ou de vin pour réparer nos forces, et en prendre de nouvelles pour pouvoir aller jusques à Joutelle, ou il n'y avait absolument aucune trace de chemin.Comme la nuit tomboit on se munit de toutes les lanternes qu'on put trouver, et sept hommes des meilleurs chasseurs se munirent chacun d'un fusil au cas que nous fussions attaqués par des loups, car le jour précédant le fils de la veuve Niccolas Bonafous venant de la maison qui est vers Joutelle y fut attaqué par un loup contre lequel il se deffendit quelque tems avec ses besaces qu'il portoit pleines de provisions et enfin laissa les besaces et les provisions au loup qui s'y amusa pendant qu'il se auva.
Il auroit esté inutile de se munir de peles pour faire le chemin devant nous. Il y avoit plus de quatre pieds de neige, mais ceux qui étoient a la tete de notre procession qui marchoient de file un a un, avoient des raquettes aux pieds au moyen des quelles ils marchoient sur la neige sans enfoncer, et marquoient la trace par ce moyen que ceux qui suivoient, agrandissoient ensuite. j'étois muny d'un grand baton ferré d'une toise de long pour me soutenir, car en cas de chute ceux qui maccompagnoient ne pouvoient me soutenir par les cotes, la trace étant trop étroite mais seulement , un par derrire et l'autre par devant.Je me tenois d'une main a l'habit du premier et le dernier me tenoit, ou par-dessous les aisselles, ou dans les mauvais endroits, par-dessous les fesses. C'estoient Joseph et Jacques Hoonore frères , avec Champsaur, vallet de mon frère le juge. Malgré leur secours je tombay deux ou trois fois et ma toise s'enfonça de cinq pied dans la neige.
Enfin nous arrivames et entrames dans la maison de Joutelle préciément a la nuit clause. Je donnays la bénédiction du St-Sacrement a ceux qui l'avoient accompagné et je les fis rettirer dans l'escurie pendant le tems que je confessay ma malde, que je communiay et aqui je donnay tout de suite la Sainte Extremonction. Je fus édifié de voir tant de monde accompagner le St-Sacrement dans une si mauvaise saison, dans un tems si affreux et par des chemins si difficiles. Je comptay et j'escrivis le nom de tous, qui se monta a quarante hommes. ce fut un effet de la providence car, sans un si grand nombre de personnes assemblées a l'occasion de l'enterrementde Joseph Jacob, il auroit absolument esté impossible d'avoir pu monter jusqu'au domaine de Joutelle, administrer les sacrements a cette pauvre malade. Aussy dès qu'elle les eut reçus nous nous réunimes en Calleyere a la lueur des lanternes que nous avions porté, et de fagots de paille dont nous fimes provision a Joutelle, et que nous alumions pour nous esclairer.Nous nous réunimes avec peine tant a cause de la nuit que de la neige qui tombant toujours et avec le vent, avoit démarqué la trace que nous avions fait en allant, mais nous étions si consolés d'avoir pu secourir la malade que nous vinmes toujours en chantant le Tedeum, des pseaumes et des cantiques en action de grâce. enfin j'aarivay au Château
de Calleyere sur les 10 a 11 heures du soir, ou je couchay. Le lendemain dimanche, j'y dit la messe et confessay et communiay plusieyrs malades et infirmes et aussi plusieurs sains par devotion.
Etat de ceux qui accompagnoient le St-Sacrement:
Ci-contre et ci-dessous (dans la photocopie de l'acte ) la liste des 41 personnes présentes à cette extraordinaire procession nocturne, qui se déroula dans des conditions hivernales très difficiles dans un paysage alpin très enneigé.
Carte postale ancienne avec une vue du hameau de Calleyere et du Mont Guillaume.
Autre vue situant le récit décrit par F. Dalmas curé de la paroisse de Ste Cécile d'Embrun.
Nous avons là encore un récit très intéressant avec un luxe de détails sur la vie quotidienne de nos ancêtres, dans lequel nous pouvons contaster la solidarité des montagnards et le dévouement de nos curés à ces époques reculées. En lisant ce récit nous avons l'impression de partager et de vivre entièrement cette scène comme si nous y étions présent.
Sources
Ad des Hautes Alpes (05) commune d'Embrun, paroisse Sainte-Cécile
BMS GG 11. 1721/1725 vues 47,48,49
g. Chapalain
Notre-Dame de Bonsecours
Pour ce mois de décembre, je vous livre une des anecdoctes normandes écrite par l'écrivain Floquet amable en 1883 , tirée d'un fait réel qui s'est passé à Rouen en 1772 à l'origine de la mort de Marie Suzanne Robert veuve de messire Henri Du Quesne de Brothonne. (son acte de décès se trouvant à la fin de l'anecdote).
Cette anecdocte est tirée de la publication numérique de la BNF, Galica , dont vous trouverez ci-dessous un lien, vous permettant de lire les autres anecdoctes.
Notre Dame de Bonsecours
Ancienne église de Bonsecours avant 1332
" A peu de distance de Rouen, au sommet d'une des montagnes qui dominent cette grande ville, du côté du levant, les Anciens avaient bâti une petite église où, depuis des siècles, nos pères sont venus prier; où Corneille, prompt à s'humilier après chacun de ses chefs-d'oeuvre, allaitrendre à l'Esprit créateur la gloire qu'il reconnaissait hautement ne tenir que de lui. Là, et de notre cité pleine de foi, et de toute la province, au loin, affluaient chaque jour des malheureux qui s'y étaient traînés pour demander, des heureux qui y étaient accourus pour rendre grâce; des matelots échappés au naufrage; des infirmes gueris; un estropié à qui Dieu avait dit: marche; des mères, dont le nouveau-né, dont la fille chérie avaient failli mourir; des mères encore, auxquelles des fils prodigues étaient revenus de bien loin; et tous, à l'envi, prosternés dans la modeste église, s'y épanchaient en ferventes prières, dont il fallait que beaucoup se fussent bien trouvés; car, au nom de Blosseville, porté durant des siècles par ce village, avait avec le temps succédé celui de Bon-Secours, qui devait prévaloir à la longue, tant il convenait désormais à un lieu où Dieu, invoqué par l'homme, lui était si souvent et si manifestement venu en aide!
Aussi, en quelque endroit du vieux temple qu'on jetât les yeux, partout apparaissaient, ou suspendus aux voûtes, ou fixés sur les murailles, des ex-votos, les uns peints, les autres en relief, témoignages de gratitudes, touchants mémoriaux de bienfaits reçus; des petits navires, tout semblables (croyait-on) à ceux où des marins en danger avaient failli périr; des jambes, des bras de cire, images telles quelles des membres malades ausquels avaient été rendus la vie, l'agilité, la vigueur; des lits d'où se levaient, faibles et amaigris, mais sauvés, un père, une soeur qu'on avait pensé perdre. Imitations, grossières ébauches, mais sincères et naïves actions de grâces, dont Dieu assurément ne tenait pas moins de compte que des plus insignes chefs-d'oeuvre de l'art.
Cette église, debout encore aujourd'huit après tant de siècles, mais vielle, décrépite, tombabt de vétusté et qui ne sera tout-à-l'heure, combien elle a vu de générations agenouillées sous ses voûtes qui s'affaissent;combien de coeurs s'y sont épanchés; que de secrets vont périr avec elle; que de gr^ces elle vit octroyer, de faits merveilleux s'accomplir! Si les hommes pouvaient en douter, ses pierres, oui, ses pierres en redraient témoignages avant de se disjoindre et de tomber en poussière! Or, de tant d'histoires, innombrables comme les étoiles du ciel, il me tardait de vous en redire une, que m'ont racontée les vieillards.
A Rouen, donc, en 1772, sur la paroisse Saint-Laurent,( rue de l'Ecureuil, dans la maison qui porte , l'année de ce récit, le N° 15, et dont M. Portal, avoué, occupe une partie), vivait, révérée et chère à tous, une noble femme âgée de quatre-vingt-six ans, l'honneur du sexe, l'admiration de l'autre, haute et puissante dame Marie-Suzanne Robert, veuve de messire Henri Du Quesne de Brothonne, qui, naguère, comme ses aîeux, avait siégé au parlement de Normandie avec honneur; une de ces femmes douées d'un naturel exquis, fécondé par une éducation chrétienne, sérieuse et forte, mais dont aussi la vieillesse florissante n'était qu'esprit, bonté, sagesse, support, conseil; charité qui secourt sans humilier; lumière qui éclaire sans blesser jamais.
Environnée de fils, de petits-fils, des enfants de ses petits-enfants, tous meilleurs par elle, tous tendres et empressés autour d'elle, la digne femme s'avançait heureuse, au milieu des hommages d'une grande ville, qui lui portait amour et respect, et qui, la voyant si ferme en un si grand âge, souriait à l'espoir de la posséder longtemps encore, lorsqu'un matin retentit tou-à-coup dans Rouen la nouvelle du crime le plus horrible et le plus inattendu qu'on y êut vu de mémoire d'homme.Nul, d'abord, ne le voulait croire; et une multitude éperdue, envahissant l'hôtel de Brothonne, quand elle vit la bonne dame ( comme on l'appelait) sanglante, mutilée sur son lit de mort, se prit à crier, à lpeurer la mère des pauvres. Car les pauvres, venus là en foule, l'appelaient tous ainsi à l'envi, trahissant, dans leur détresse, dans leur désespoir, l'impénétrable secret de la défunte. Puis, dans la haute tour de Saint-laurent, le glas faisant entendre ses sons lents et plaintifs, eurent lieu en grande pompe le tristes funérailles, où toute la ville en foule s'était portée; où, avec les tois générations de Brothonne,pleurai entre autre et immense famille de la morte, que son inépuisable charité lui avait donnée.
Mais chez tous l'indignation s'exhalant avec la douleur, " quel monstre (se demandait-on) a pu abréger une vie si chère et envier à une vieillesse si avancée le peu de jours qui devait lui rester encore ?". Deux hommes, deux femmes, attachés au service de madame de Brothonne, la pleuraient, se lamentaient à l'envi de sa famille; et il fallait que ces quatres serviteurs eussent bon renom dans la ville, pour qu'en une telle pertubation, en un si violent déchaînement de tant d'esprits émus, de tant de coeurs remplis d'horreur et de colère, aucune voix ne se fût élevée contre eux. Le moyen, au reste, d'imputer la mort d'une telle femme à qui avait vécu près d'elle, à qui avait pu la connaître, a qui seulement avait pu la voir ! Après donc que ces quatres serviteurs avaient été si longtemps heureux par leur bonne maîtresse, sa mémoire les prottégeait encore, aujourd'hui qu'elle était dans la tombe.
Qui, cependant, pouvait avoir consommé un attentat si noir? C'était le cri de toute cette grande ville, le cri de la justice indignée, qui, laissant là aussitôt tout autre soin, pour poursuivre le coupable, déployant une activité, une énergie d'investigation qu'on ne lui avait vues jamais, veillait, cherchait, s'enquérait, interrogeait incessamment, s'évertuant tout le jour, et ne se reposant pas la nuit, sans toutefois, pouvoir obtenir le plus faible résultat.
C'était au temps du Conseil supérieur, qui, succédant avec défaveur à l'antique et regretté Parlement de Normandie, qu'avait anéanti Maupeou, aurait voulu, par quelque action signalée, se concillier les sympathies que tous lui déniaient à l'envi, et, par l'éclatant déploiement d'une juste rigueur, contraindre enfin au sérieux et au respect un monde passionné, méprisant et railleur, auquel, depuis un an, il avait servi chaque jour de jouet et de risée.
La justice, donc veillait, interrogeait, épiait autour d'elle, promenant avidement çà et là ses pénétrants et soupçonneux regards. Au baillage, au palais, dans la ville, on n'entandait plus que sa voix formidable; elle retentisait jusque dans les églises; dans toutes, du haut des chaires, par la bouche du prêtre,elle conviait à révélation, sous des peines redoutables, tout mortel popuvant avoir quelque notion, si légère qu'elle fût, sur un crime que tous détestaient, dont il tardait de connaître enfin l'exécrable auteur. Et, cette voix menaçante de la Justice et de l'Eglise, à ces appels qui avaient retenti au loin avec éclats, avec empire, ne répondant toujours qu'un universel et profond silence, après que,soixante-dix jours durant, on se fut épuisé en inquiétudes et inutiles recherches, si la Justice, éperdue et frémissante, s'exaspérant à la fin, prête à soupçonner tout le monde auhourd'hui, et à tout croire, en revint à ces quatres serviteurs si longtemps épargnés, et arrêta sur eux ses sinistres et inexorables regards, qui pourrait en être surpris; le crime, d'ailleurs, mieux su maintenant dans ses détails, décelant de vieilles habitudes dans l'hôtel de Brothonne, la parfaite connaissance des aîtres, et trahissant, en un mot, des hommes qui avaient ou habité, ou fréquenté souvent les lieux théâtre de cette sanglante et lamentable tragédie: Donc, Jacques et Nicolas Poyer, Marie Surval, Anne Mausire, cessez ces pleurs et ces cris, auxquels on ne croira plus désormais. La Justice, en défiance de vous, vous appelle à sa barre; on vous attend demain, tous quatre, à la Tournelle; et déjà, tous quatre, vous êtes perdus, autant vaut dire. Car, voyez, tous maintenant vous soupçonnent; beaucoup vous accusent; et,dans tout ce monde, s'élèvent-t-il une voix, une seule, pour vous défendre ? Hélas ! il n'était que trop vrai.
L'opinion, à la fin, ayant tourné, on maudissait maintenant ces quatre malheureux, épargnés d'abord; et en vain cherchaient-ils angoisseusement autour d'eux qui les daignât croire encore et leur voulût venir en aide. A droite, à gauche, de toutes parts, ce n'étaient que murmures accusateurs, que regards irrités ou défiant qui se détournaient à leur aspect; plus de sympathies, plus de confiance, plus de pitié même; la patience humaine était à bout; car, n'était-ce (disait-on) avoir trop différé l'expiation d'un si grand crime ? Maintenant, il fallait sévir; le monde attendait, le Conseil sipérieur avait hâte; et malheur à qui serait accusé seulement! Le soupçon ne faisait que poindre, et déjà le bourreau faisait ses apprêts.
Cependant, en un si désespérant abandon du monde, dans ce décri universel, du fond de cet abîme de douleur et de détresse, les quatre malheureux éplorés s'étaient tout-à-coup souvenus de Dieu; et, en ce jour qui leur était laissé encore; en ce jour, le dernier de leur liberté, de leur vie peut-être, sans plus s'épuiser, maintenant, en protestations que le monde n'écoutait pas, invoquant le seul témoin dont les souvenirs soient certains, le seul juge à qui il soit donné de ne se tromper jamais :" Eclaircissez, ô mon Dieu ! (criaient-ils) éclaircissez cet horrible mystère; révélez les secrets de cette chambre mortuaire et de cette nuit funeste. Mon Dieu, vous étiez là; dites donc, par grâce, oh! dites si vous nous y avez vu !"
C'était le huit décembre, jour consacré spécialement à Marie; solennité chère depuis des siècles à notre Normandie, au point qu'on l'appelait la Fête aux Normands et que, dans les Palinods, à Rouen, à Caen, à Dieppe, toujours avaient eu lieu, ce jour-là, en grande pompe, des jeux poétiques, où, en présence d'une miltitude pieuse et lettrée, accourue en hâte, de toutes parts, des vers étaient récités et couronnés en l'honneur de la fête, au bruit des acclamations et des fanfares.
Mais, qu'est-ce que tout cela auprès de la foi des simples, de la foi des humbles, de la foi des malheureux, invoquant avec ferveur et espoir celle que, dans des prières apprises dès l'enfance, ils appelèrent toujours la Consolatrice de l'homme en peine ? Nos quatres affligés, donc, y recourant, dans cet abandon du monde, en ce jour dédié à Marie, Notre-Dame de Bon-Secours les vit tous quatre, dans son vieux temple, prosternés, pleurant, criant vers Dieu, du fond de l'abîme; ils y étaient allés nu-pieds, à jeun, en pleurs; et ainsi en devaient-ils revenir; surveillés, au reste, et gardés de près par des cavaliers de la maréchaussée, qui les avaient suivis au départ, et quà leur retour ils voyaient les épier avec plus de rigueur encore; tant, d'instant en instant, le nuage devenait épais et noir sur leurs têtes, tant était prêt à éclater l'orage; tant enfin, leur perte était imminente, inévitable désormais !
Arrivés au bas de la montagne, près de l'église Saint-Paul, de grands cris se faisaient entendre tout-à-coup, puis une multitude bruyante se hâtant au devant d'eux, en poussant mille cris confus, et ne restant plus à ces quatres infortunés que d'appeler à leur secours ce peu de force qu'en haut la prière leur avait donnée, déjà ils récitaient ces autres prières suprêmes et désespérées, à lo'usage des chrètiens qui vont mourir. mias ô merveille! ce peuple, ces cris, dont ils se sont fait peur, c'était le signal de leur inespérée délivrances; l'assasin est enfin découvert; c'est Louis Gohé; il a confessé son crime; il explique tout, et reconnaît n'avoir pas eu de complices.
Louis Gohé ! A ce nom, les quatre malheureux, si inopinément arrachés à l'échafaud, et que, seule, semblait pouvoir toucher en ce moment une transition si miraculeuse de la mort à la vie, à ce nom trop connu d'eux,vous les eussiez vus tomber anéantis de surprise et d'horreur. Louis Gohé ! lui, l'assasin de cette vieille dame qui, en tout temps, s'y était fiée, et, en tout temps, l'avait comblée de bontés; lui, toujours bien venu chez elle; lui, d'ailleurs, pourvu, grâce encore à sa malheureuse victime, d'une profession qui lui permettait de vivre à l'aise ! D'abord ils refusaient de le croire. Comment, toutefois, résister à des preuves plus éclatantes que le soleil ? Qu'on imagine surtout l'horreur des juges, en apprenant, de Gohé lui-même, que longtemps il avait nourri en son coeur un desseinsi noir; que, déjà, cinq mois auparavant, entrant de nuit dans la chambre de sa bienfaitrice, pour prendre son or, mais voyant les clés sous le chevet de la vieille femme endormie, et ne les pouvant avoir qu'enla faisant mourir, il s'était enfui, plein d'horreur!
Mais, quelque temps après, dans l'ivresse, dans l'étourdissement d'une vie désordonnée, perdu de dettes et à bout d'expédients, cette même chambre l'avait revu, la nuit encore, mais aguerri cette fois, résolu, impitoyable, atroce, frappant, mutilant, égorgeant sa bienfaitrice, se saisissant des clés, se ruant sur cet or, objet de ses effrénés désirs; puis, le crime consommé, mettant le feu, dans la cour, à un amas de bois entassé sous la chambre, voyant naître un incendie prêt (comme il crut) à anéantir toute trace de son exécrable action, mais qui, presque aussitôt, allait s'éteindre de lui-même,le monstre avait fui, emportant de l'or, des pierreries, des flambeaux d'argent, surtout, qui le devaient trahir; car, aujourd'hui même, les voulant vendre à un orfèvre, qui, tout d'abord, y aperçu le lion de sable sur champ d'azur des Du Quesne de Brothonne, à ce signe accusateur, avait aussitôt été reconnu, saisi, interrogé, jugé le coupable, qui éperdu, confessa tout le crime.
A la torture, il en allait confesser bien d'autres encore; et, en l'entendant déclarer, dans son testament de mort, quels vols nombreux et notables il avait dès longtemps commis, sans avoir été soupçonné un seul instant, on peut comprendre alors combien âpres, insatiables et tyraniques sont toujours les passions mauvaises, combien infatiguables à creuser sans cesse un abîme sans fond, que rien ne saurait combler jamais, et qui jamais ne dira: " C'est assez". Au reste, l'assasin lui-même le devait bien apprendre, du haut de l'échafaud, au peulpe accouru de toutes parts pour le regarder mourir, et que ces paroles su^prêmes émurent plus encore que la vue du gril, de la barre de fer, de la roue, du bûcher et du bourreau qui attendait.
Mais laissons là le Vieux-Marché et ses horreurs. Un monde plus poli s'est porté en foule aux Carmes, où, dans la séance solennelle des Palinods, vont être célébrées les merveilles de Marie. Comme chacun s'y parle avec attendrissement de ces quatres pauvres innocents qui ont recouru à Dieu, et que Dieu a sauvés ! Comme on y acceuillie avec transport des vers, faits tout-à-l'heure, où est célébrée en ce jour où l'Eglise, où le monde l'honnorent,s'est voulu signaler par un nouveau, par un si éclatant bienfait. C'était alors, dans Rouen,la foi de tous; et, plus que jamais, dans les temps qui suivirent, on devait voir les habitants de la grande ville cheminer, pleins d'espoir, vers l'église de Notrte-Dame de Bonsecours ... "
( lire la suite page 317 sur le lien anecdoctes normandes, où l'auteur parle de la disparition prochaine de l'église construite en 1332, devenue trop petite et du vieillard lui ayant conté cette histoire, descendant d'un des quatres rescapés, ayant fait voeu de venir en pélérinage , tous les ans à chaque anniversaire de ce jour).
Ci-dessous copie de l'acte de décès de madame De Brothonne :
Au XIIIe siècle, Blosseville était une paroisse ayant son curé.
En 1332, la chapelle devenue trop petite est remplacée par une église paroissiale, dont photo sur carte ci-jointe.La guerre entre Charles le Téméraire, duc de Bourgogne et Louis XI, n'épargna pas l'église qui subit bien des dégâts. Le cardinal d'Estouteville accorda en 1479, 40 jours d'indulgences à ceux qui contribueraient à sa restauration. Elle fut donc remaniée aux XVe et XVIe siècle. C'est cette église où nos quatres serviteurs de l'anecdocte firent leurs dévotions en pélérinage en 1772.
Intérieur de l'église de Bonsecours en 1332
L'église fut entièrement reconstruite par l'abbé Victor Godefroy de 1838 à 1844 sous l'égide de l'architecte Barthélémy. Il parcourt l'Europe pour obtenir des souscriptions.Il du faire face à de nombreuses difficultés administratives et financières.Le conseil de fabrique et la municipalité se montrèrent très réticents à ce changement.
Ce n'est que le 4 mai 1840 que la première pierre fut posée par le cardinal prince de Croy, archévêque de Rouen. la nef fut achevée en 1843 et finalement la bénédiction de l'église pu avoir lieu au mois d'octobre 1844 par l'abbé Join-Lambert. Ci-dessus une ancienne carte représentant le pélerinage après la pose de la première pierre
la basilique Notre Dame de Bonsecours de 1844 à nos jours
A noter que sur la 2eme photo , l'espace vert n'existait pas autrefois. C'était une vaste mare qui servait à la fois d'abreuvoir et de lavoir municipal. Elle occupait près de la moitié de la place Georges Loquet ( ancien maire de Bonsecours, décèdé le 6 février 1939) qui avant le 23 avril 1939 se nommait place de la mare.Cette mare fut remblayée définitivement aux environs des années 1930.1933.
la mare devant la basilique de Notre Dame de Bonsecours
Voici donc en abordant cette anecdocte normande sur Notre Dame de Bonsecours, un petit aperçu de notre basilique, célèbre pour ces nombreux pélerinages où Marie est invoquée sous le nom de Notre Dame de Bonsecours.
En ces jours de fin décembre 2011, nous souhaitons à tous nos lecteurs de très bonnes fêtes de fin d'année.
Sources:
Anecdoctes Normandes de A. Floquet ( Bibliothéque numérique de la BNF )
Livre sur Bonsecours de Andrée Phillippe( Edition Bertout )
Chaplain. g
un jour, un lieu
L'Europe et le monde en ce XXe siécle vont s'embraser. Un jour , le 28 juin 1914; un lieu , Sarajevo une petite ville de Bosnie Herzégovine. La simple fausse manoeuvre d'un véhicule va avoir des conséquences fâcheuses.
Après avoir assisté à des manoeuvres , l'archiduc François-Ferdinand, héritier d'Autriche-Hongrie, était reçu en visite officielle à Sarajévo. Il échappa à un premier attentat, mais un de ses officiers fut blessé. Après un passage à l'hôtel de ville, il décida de se rendre à l'hôpital militaire pour avoir de ses nouvelles. Par malheur, son chauffeur s'engagea par erreur dans une rue étroite et du ralentir à un carrefour. Un étudiant bosniaque réfugié en Serbie jaillit de la foule et fit feu.Il avait dix-neuf ans et se nommait Gavrilo Princip.L'archiduc et son épouse la duchesse de Hohenberg furent tués sous les coups.Cet étudiant n'était que l'instrument d'une société secrète, la Main Noire, plus ou moins dirigée par le chef du deuxième bureau serbe à l'insu de Belgrade.Vienne exigea de diriger l'enquête, mais la Serbie estimant que c'était une ingérence dans ses affaires intérieures se rebiffa et les relations diplomatiques furent rompues. Le 28 juillet 1914, l'autriche -hongrie déclara la guerre à la Serbie.
La crise diplomatique aurait pu en rester là, mais par le système des aliances qui ensserrait l'Europe à cette époque, l'une après l'autre, toutes les puissances allaient être entraînées dans une guerre, qui pour la première fois dans l'histoire s'étendera en un conflit mondiale.Des millions de soldats allaient plonger quatre années durant dans l'horreur de la première guerre mondiale.Nul conflit ne revêtit une telle ampleur. Jamais autant d'hommes ne donnèrent leur vie pour des motifs aussi obscurs et politiques. Huit millions er demi de combattants y laisseront la vie et 14 millions et demi de civils seront victimes des conséquences du conflits.
Aussi je me permets de rendre hommage à tous ces héros qui se sont sacriffiés à travers l'épopée d'un de mes grands oncles qui a participé à cette guerre et n'en est pas revenu.
Alanou yves marie est né le 01 janvier 1888 à Custren ,village de la commune d'Esquibien dans le Finistère,près de la baie du Cabestan.
Son père Alanou yves marie, cultivateur et sa mère Donnart marie catherine, cultivatrice et ménagère possédaient une ferme dans laquelle grandit yves marie aîné de 7 enfants.
Par la loi du 21 mars 1905, le ministre de la guerre , met fin au tirage au sort et impose un service militaire de 2 ans (au lieu de 3 ans depuis 1889). toute dispense est exclue, par contre un sursis peut être accordé dans certaine circonstance.
De la classe 1907, avec le matricule 2140 au recrutement, yves marie est appelé sous les drapeaux.Il s'embarque dans la marine nationale. La mer il l'a connaît , elle se situe à peine à 1 kilomètre de la ferme et souvent la famille va y ramasser le guémon pour fertiliser leurs terres agricoles.
Sur le bérêt de marin figure le nom de Victor Hugo.C'est un croiseur cuirassé de la marine nationale lancé le 30 mars 1904 et en service jusqu'au 02 février 1928, sur lequel yves marie a du servir.
- Déplacement : 12 500 tonnes
- Longueur 148 m
- Largeur : 21,40 m
- Tirant d'eau : 8,20m
- Vitesse maximale : 22 nœuds
- Armement :
- 4 canons de 194 mm (deux tourelles doubles, une à l'avant et l'autre à l'arrière),
- 16 canons de 164 mm (six tourelles latérales doubles et quatre en casemate),
- 22 canons de 47 mm,
- 4 tubes lance-torpilles de 450 mm.
A l'issu du service militaire il est placé dans la réserve de l'armée active .
Un jour le 01 août 1914,en milieu d'après midi, le tocsin alerte les populations qui découvrent l'affiche de mobilisation ci-contre .Le président de la République ordonne par décret la mobilsation sous l'autorité du ministre de la guerre et du ministre de la marine.
Le formulaire est placardé par la gendarmerie, chaque réserviste sait alors par son livret individuel de mobilisation, le lieu etla date auxquels il doit se rendre à l'appel.L'armée de terre mobilise aussi les troupes coloniales prévues pour être engagées en métroplole. La marine rappelle aussi les inscrits maritimes ( c'est à dire les marins de la flotte marchande, les marins pêcheurs et le personnel des arsenaux).
Les deux dernières classes libérées du service militaire rejoignent dans les 48 heures individuellement leurs régiments d'actifs qui se trouvent ainsi portés à leur effectif de guerre.
La mobilisation concerne aussi les propriétaires d'animaux de trait et certaines voitures attelées. Ils sont tenus de les déclarer en mairie et recoivent une indemnité en cas de réquisition. (600 000 chevaux seront ainsi réquisitionnés durant le conflit).
Le 18 août à la fin de la concentration 2 700 000 soldats seront ainsi prêt à entrer en campagne.
Alanou yves marie est affecté au 43e régiment d'infanterie coloniale en temps que marsouin de 2em classe. C'est la réserve du 20e corps d'armée puis de la 154e division d'infanterie en avril 1915. Ensuite de novembre 1916 jusqu'à l'armistice la 2e division d'infanterie coloniale.
Malheureusement nous ne possédons pas de journeaux de marches et opérations ( JMO) pour ce 43e RIC. Pour suivre ce régiment il faut regarder d'autres régiments faisant parti de la 154e division d'infanterie ou du 20e corps d'armée.
participation à la bataille de Morhange du 18 au 20 août 1914:
le 18 août 1914, le 20e corps d'armée fidèle à ses traditions, est toujours en avant, avec ses premiers éléments de part et d'autre de château-Salins. Le gros des forces se trouve sur la Seille.La 68e division de réserve prolonge la gauche du 20e corps d'armée, face à la côte de Delme. Le 20e corps s'avance en direction de Faulquemont.
Le 19 août 1914, le 20e corps se porte au-delà de la Seille. Au cours de cette journée l'artillerie allemende se montre très active; les colonnes du 20e corps d'armée sont soumises à des tirs de 77. heureusement les obus éclatent haut et font plus de bruit que de mal.
Nos soldats s'habituent déjà à cette guerre, qui ne leur semble pas encore bien terrible.Beaucoup d'entre eux s'imaginent qu'ils fouleront bientôt le sol allemand, en laissant la Loraine recoquise où nos diables bleus, nos marsouins et nos pantalons rouges sont acqueillis en libérateurs.Il fait une chaleur accablante , mais ils avancent parmis les tranchées désertes. Le soir avec le 43e RIC, le 20e corps d'armée arrive sur la ligne Oron.
La nuit du 19 au 20 août est particulièrement agitée.Partout crépitent des fusillades. Le 20e corps d'armée procède à son installation avec sur la gauche la 39e division dont fait partie la 43e RIC, lui permettant soit de continuer son offensive vers le nord-est, soit de faire face à une attaque venant de Metz. Le 20 août 1914, le 20e corps devait rester sur la défensive.Au vu des circonstances , le général Foch en charge du 20e corps juge de son devoir de passer à l'attaque et lance ses troupes à l'offensive pour enfoncer les lignes ennemis. Le général de castelnau chef de la 2e armée, n'ayant plus à sa dispositon le 20e corps ne peut exécuter son plan d'attaque.Le général Foch ne peut plus enlever aucune de ses divisions car la 39e division est extrèmement menacée , étant parti de Oron vers Martil et Chicourt.Elle est soumise à un violent feu de l'artillerie allemande et subit de nombreuses pertes. La situation 'sagrave de plus en plus et la pluspart des batteries alliées sont enlevées après de sanglants corps à corps. Les marsoins du 43 RIC résistent énergiquement et ne cèdent que pieds à pieds du terrain.L e général de Castelnau se résigne le soir à ordonner la retraite. Le 20e corps d'armée est chargé de protéger cette retraite et une fois sa mission terminée se dirige vers Saint nicolas.
ils vont participer à la défense du grand couronné du 25 août au 13 septembre 1914. Le 20e corps d'armée devant se constituer en réserve d'armée en arrière de Saint Nicolas, sur le plateau de Lupcourt. L'armée allemande va essayer d'exploiter notre défaite de Morhanze, Dieuze et Sarrebourg.Le 43e RIC est chargé de défendre le Rembettant avec le 41e RIC, lorsqu'ils rentraien et une brigde du 9e corps d'armée. 
soldat français de 1914.1918 (les poilus)
Ce mot les poilus faisait partie de l'argot français et désignait une personne courageuse, virile.Ce mot vient aussi d'une expression bien plus ancienne qui est "brave à trois poils" qui était utilisée par Molière pour désigner avec admiration une personne qui avait du poil au ventre.
Une autre version dit que dans les tranchées, on ne pouvait pas avoir de condition d'hygiène convenable, alors on se laissait pousser la barbe et les cheveux, d'ou le terme de poilus lorsqu'ils rentraient à l'arrière. Cela ne peut se comprendre que pour les premiers temps de la guerre, car ensuite avec l'apparition des gaz, les masques à gaz nécessitaient d'avoir une figure imberbe.
La 1er et 2e armée après une retraite coordonnée ont repris l'offensive et regagné une partie du terrain perdu, en montrant un exemple de courage et de tenacité. L'ennemi ayant reculé, cela leur permet de constater les pertes importantes des allemands.
Participation de la course à la mer du 18 septembre au 14 octobre 1914 entre Peronnes et Albert dans la somme à Chuignes et Maricourt.
un groupe du 43e RIC à Maricourt.
Participation à l'offensive de l'Artois en 1915. Le 43e RIc fait désormais partie de la 154e division d'infanterie :
17 mars au 18 avril, constitution et concentration vers Cuperly. A partir du 13 avril , transport par chemin de fer du camp de Châlons, dans la région de Villers Bretonneux.
18 avril au 21 septembre , ils font mouvement vers le front et occupent un secteur vers Herleville et Dompière.Le 1er août ils sont à Frise , c'est le commencement de la guerre des mines et à partir du 08 août en liason avec les britaniques.
21 au 24 septembre, retrait du front et transport par chemin de fer de la région de Moreuil, Villers Bretonneux vers celle de Frohen le Grand.
24 au 27 septembre , mouvement vers Vanquentin, se tenant prêt à intervenir.
Le 25 septembre la 3eme bataille de l'Artois commença en même temps qu'une attaque à grande échelle à Loos, plus au nord.Un énorme bombardement de 5 jours precéda l'avancée de l'infanterie vers le village de Souchez, sous Notre Dame. Il pleuvait à verse et les poilus avançaient trempés jusqu'aux os.
On peut suivre la progression avec le JMO du 43e RIC avec celle du 41e RIC qui se trouvait au même endroit :
journal de marche et opérations du 41e RIC du 25 au 27 septembre 1915.
journal de marche et opérations du 41e RIC du 27 au 29 septembre 1915
Les pertes furent énormes, comme le raconte un capitaine français, le capitaine Humbert :" Chaque nuit, les morts étaient chargés sur des charrettes tandis que les compagnies allant vers la ligne de front passaient le long d’interminables rangées d’autres morts attendant d’être enlevés à leur tour".
Ainsi se termine la vie de Alanou yves marie, marsoin du 43e Régiment d'Infanterie Coloniale, mort pour la France, un jour, le 28 septembre 1915, tué à l'ennemi, un lieu ,au plateau de Vimy ( pas de calais). Ci-dessous, la fiche de mémoire des Hommes, mentionnant le décès.
Une fois de plus, la bataille ne permit pas aux Français de gagner la crête de Vimy mais la ville de Souchez fut reprise par les alliés.
Une lettre pour la recherche de la sépulture fut envoyée concernant ce grand oncle le 26 mars 2002. Les recherches furent infructueuses, il a été dit qu'il est fort probable qu'il est été relevé comme soldat inconnu et qu'il repose dans l'ossuaire de Franchet d'Esperey de la nécropole nationale de Notre Dame de Lorette où ont été inhumés tous les soldats militaires non identifiés tombés dans cette localité.
l'ossuaire de Notre Dame de Lorette à Albain Saint nazaire (pas de calais) , 22970 corps.
Ossuaire N° 2 Franchet d'Esperey, Liste des comunes
Agny (cimetière militaire), Anzin-Saint-Aubin, Ecurie, La Chapelle (cimetière N° 2), La Targette ( une partie), Cimetière de la vallée, Thélus, Vimy, Wancourt.
Dans le cimetière d'esquibien, sur la stèle du caveau familiale a été gravé le nom d'Alanou yves marie.
Ainsi en france le 11 novembre est devenu un jour de mémoire, rendu en hommage au sacrifice de tous ces soldats de la 1er guerre mondiale, mort pour la France.C'est aussi la mémoire d'un jour, celui de l'armistice le 11 novembre 1918 qui mis fin à cette terrible 1er guerre mondiale.Un lieu, rethondes en forêt de Compiègne.
Sources:
Wikipédia, Mémoire des hommes, chtimiste. com, notre dame de lorette, archives familiales.
G. Chapalain
inhumations anecdotiques
les nuages sont revenus
par le vent, les feuilles jetées
tourbillonnent au pied des arbres nus.
Sous cette pluie d'or
d'hiver point encore
Novembre bientôt arrivant
pensons un peu à nos mourants.
Cette petite poésie de ma composition, en entrée en matière, pour vous présenter quelques anecdotes trouvées dans les actes de décès, rédigés par nos chers curés de campagne dans les registres paroissiaux. Comme vous le savez déjà, si ces registres nous sont incontounrables, ils nous révellent pafois, dans des commentaires forts instructifs, quelques situations étonnantes.
Après vous avoir fait part d'un acte trouvé dans les registres paroissiaux de Bréhan-Loudéac, commune du Morbihan,je ne résiste pas à vous faire partager quelques actes du frère Norbert Thierion, curé de la paroisse de Jouy-sous-les-côtes, commune de la Meuse.J'ai découvert ce personnage en feuilletant des numéros de la revue française de généalogie suite à une étude faite par Alain Fisnot. Les écrits de ce curé sont rédigés dans un vocabulaire et un style inhabituel à nos théologiens moyenâgeux.
(cliquer sur les images pour les agrandir )
Tableau de Brun Edme Gustave Frédéric vers 1874,au musée des beaux arts à Dôle
intitulé: Dieu prodigue ses biens à ceux qui ont fait voeux d'être siens.
Inhumation de Mathurine Le Moyne en 1696 à Brehan-Loudéac :
Le vingt neuvieme mars mil six cent nonante et six
Mathurine le Myone du tiers ordre de st François, agée d'environ quarante ans,decedée dhier dans ce bourg . allitée depuis prés de huit ans, tellement attaquée de toutes sortes d'infirmités et de maladies si extraordinaires qu'on peut dire que ses maux ont été des maux divins, n'étant connus de personne Dieu a pris plaisir a en faire un miroir de souffrances et de patiences, paralytique d'un coté, le corps tout ecorché par la longueur du temps a garder le lit, remplie d'ulceres que les vers couraient souvent dans son lit, le corps si gaté et corrompu que l'eau qu'elle buvait lui sortait par le coté, non par ses voies ordinaires; et parmi toutes ses peines, une patience d'ange; enfin, aprés avoir été souvent assistée des saints sacrements, étant presque toujours agonisantes, elle a rendu son âme entre les mains de celui qui ne lui donnait des forces que pour souffrir, et est morte en baisant le crucifix, comme pour marquer l'union et le mariage éternel qu'elle avait contractés avec son divin époux. On a mis son corps saint dans le cimetière devant et prés de la grande porte de l'epglise en présence d'andrée fleury sa nièce, de louise André habitant le bourg qui n'ont signé.
Louis Guilloux pretre
Je pense que ce fut pour cette soeur un très long calvaire et le prêtre a bien loué sa patience et sa résignation à tous ses maux.Il est certain qu'à cette époque il était difficile de mettre un nom sur les maladies dont souffraient les personnes.Par contre, nous pouvons noter le souci du détail dans la rédaction de l'acte et en général il est peu courant de savoir de quoi sont décédés nos ancêtres, sourtout à cette époque.
Actes de décès de Frère Norbert Thierion :
Après avoir été déplacé de l'abbaye de Rangéval, le prieur frère Norbert Thierion prend en charge la cure de Jouy-sous-les-côtes et Corniéville dans le département de la Meuse en 1695 et jusqu'à sa mort en 1727. Il avait une manière toute particulière de rédiger ses actes dans un vocabulaire plutôt littéraire qu'administratif en y protant des jugements personnels et de ce fait il n'a pas son pareil pour raconter la vie de ses ouailles.Je vous engage à survoler ses registres, vous y trouverez de nombreuses anecdotes et le moindre détail en devient presque édifiant.
Retrouvons donc frère Norbert dans quelques actes de décès :
Décès de Marie Bataille en 1711
Le dernier decembre 1711 iay enterré dans le cimetière de cette paroisse Marie Bataille, nouvellement remariée avec Mathieu Thouvenot, avec lequel n'a été liée par le sacrement que pendant sept semaines, laquelle étant allée pour affaire avec son nouveau mary dans le lieu de son 1er mariage d'ou retournant fort satisfaite le iour de st l'évangeliste, elle fut frappée ç Gondrecourt d'une espece d'apoplexie qui luy osta les moiens d'etre secourue ny par un confesseur ny meme par un chirurgien elle mourut brusquement et inopinément de la sorte sans sacremens mais par bonheur our elle et pour la consolation de son pasteur et de ses proches. elle a néanmoins tant de piété et d'applaudissements quil y a a esperer quelle n'aura rien eu a craindre a son arrivée dans le temps que son sauveur a pris naissance pour la racheter.
Fr Norbert Thierion prieur curé
Décès de Marie de la Croix 1711
Le 24 février 1711 Marie de la Croix épouse de Toussaint Vivin, aiant eu toute sa vie des couches très facheuse et malheureuses est morte enfin elle et son enfant a ces dernières couches, elle avait la veille confessée comme pour se préparer à la mort après les tristes expériences de ses couches précédentes, et en mourant elle a eu comme on croit l'extreme onction dans la surprise brusque ou en fut. Son enfant qui fut démembré par Mr Maillard habile chirurgien n'aiant pu autrement etre tiré ny meme arraché de son corps fut par luy batizé et l'un et l'autre ont été par moy le lendemain inhumez et unis dans une meme fosse n'aiant pu etre séparez vivans, dans le cimetière de cette paroisse, vis a vis de l'autel du Rosaire. Fr Norbert Thierion prieur curé.
effectivement Marie de la Croix a eu toute sa vie durant des accouchements très difficiles, ci-dessous je vous présente un acte de décès d'un de ses enfants datant de l'année 1705 :
Le 2e novembre 1705 jay enterré une fille de Toussaint Vivien manoeuvre de ce lieu et de Marie la Croix son épouse laquelle a été batisée par la sage femme dans le ventre de sa mere parce quil paressoit impossible de la pouvoir tirer heureusement de ce cachot, comme en effet on a la pu tirer sans luy arracher un bras et toutefois pour etre encor en vie après avoir été tirée comme miraculeusement la mre aiant été en un extreme danger de la sienne comme jen ay été moy meme témoin aiant donc été assuré du bateme de la fille tant par le pere et les grandes meres de l'enfant comme aussy quelle étoit en vie, que par la dite Marie Gardiennet et par d'autres qui y étoit présents, jay inhumé la fille dans le cimetiere de cette paroisse le dit jour en presence dun grand concours du peuple et particulierement du dit Vivin et dela dite Gardiennet qui a signé avec nous et le dit Vivin sa marque.
Fr. Norbert Thierion prieur curé
On remarque que si la grand mère , sans doute lettrée signe, le père Toussaint Vivin, lui appose une croix et un rond comme marque de signature.
Décès de Humbert Caillot 1709
Le jour de la grande feste du St Sacrement trente may 1709 Humbert Caillot aagé de plus de 80 ans est mort après avoir fait plusieurs differens personnages pendant une vie fort infortunée riche d'abord tres pauvre ensuite, libertin et dissolu pendand sa jeunesse, paresseux dans laffaire du salut de sa viellesse: usant mal de ses biens en suivant ses passions; mais flagellé de Dieu par un decret qui l'a dépouillé de tout, et reduit le reste de ses jours a la faim, a etre rongé de vermines et asouffrir la derniere mendicité, qui l'auroient sans doute parfaitement purifié et sanctifié, sil avoit recherche le ciel avec ardeur apres avoir esté trompé du monde. mais par malheur il a vecu depuis ce changement de fortune, non dans de grands crimes mais dans une si grande négligence de son ame quil ne se confessoit presque jamais qua pasques quelques corrections et exhortations que luy put faire son pasteur. ebfin il a eu ce qu'on luy avoit predit cest a dire quil est mort sans sacremens et meme sans avoir fait ses pasques: cest pourquoy la terre Ste luy sera interdite sil ne mavoit donne de bons sentimens, sil n'avoit témoigné plusieurs fois quil vouloit se confesser qu'etant obligé d'aller mendier ailleurs, son absence frequente du lieu l'auroit retenu de s'approcher des sacremens a cause du mauvais etat ou il étoit, et surtout si l'on mavoit assuré que le jour d'hier veille de sa mort, il n'avoit témoigné quil n'attendoit que (la naissance ?) pour sacquitter de ce devoir mais par malheur il a été surpris ainsy apres ces bons sentimens, jay eu pitié de luy, et jay cru meme que je devois luy accorder la sepulture eclesiastique ce que jay fait le meme jour. 30 may 1709.
Fr. Norbert Thierion prieur curé de jouy et Rangéval
La nous trouvons toute la verve litéraire de frère Norbert, face au décès de ce curieux paroissien.Toute sa vie se déroule sous sa plume, nous y voyons son indignation face à son libertinage et sa vie de débauché. Le paradis lui sera interdit, mais finalement notre curé fait preuve de tolérance face aux dernières bonnes intentions de son paroissien.
Décès Colin françois 1708
Encore un paroissien qui d'une extrême richesse, passe dans la pauvreté absolue suite à de nombreux procés.
Le 15e février 1708 François Colin, laboureur aagé au moins de quatre vingts ans après avoir esté par le passé des plus a son aise de la paroisse a été si travaillé de procez mal conduits et mal soutenus quil a tout perdu et réduit a la dernière misère jusqua etre obligé d'habiter par aumone dans une cabane dans notre cimetière comme pietre inhumé tout vif avant sa mort, enfin abattu d'aage et de pauvreté a été délivré de sa prison pour comparetre devant Dieu. fasse le ciel quil ait une entrée dans les éternelles tabernacles il a neanmoins receu tous les sacremens pour luy servir de passeport.
Fr. Norbert Thierion
Décès de Mansuy Thouvenot 1720
Le meme jour du 30 septembre 1720 jay enterré Mansuy Thouvenot mort de la veille, cetoit un jeune homme nouvellmt marié avec Marguerite Jacquemin qui n'a pu resister a une pulmonie qui l'a enlevé et separé a la fleur de son aage, et rompu ce mariage temporel pour en aller faire un etand dans l'éternité, tl étoit d'un naturel paisible et taciturne.
Fr. Norbert Thierion prieur curé
Décès de Claudine Gautier 1725
Le 3e octobre Claudine Gautier femme de Claude Mauriot est tombé du haut du tas de ses grains dans l'aire de la grange et a tuée roide sans parler et sans mouvement ainsy sans acremens et sans aucune preparation a la mort, elle a été obligée de rendre le compte terrible qui decide de toute l'éternité qui est sans remede sil nest pas en état. il y a quelque adoucissement a ce malheur dune consequence infinie pour quelle approche sans sacremens, pourvu que ceust été avec autant de sincerité quon en doit avoir pour mourir.
fr. Norbert Thierion curé
Ainsi ce termine un aperçu de quelques actes de décès du Frère Norbert Thierieon, en consultant ses actes ,on y trouve de nombreuses formules toutes plus ou moins différentes pour qualifier la fin de la vie et le trépas de ses ouailles
" a quitté ce séjour trompeur et contagieux pour aller célébrer d'éternelles épousailles avec le Roy des Epoux"
" a terminé son exil et le pelerinage de cette vie pleines d'eccüeils facheux pour entrer dans celle dune durée eternelle"
" a terminé son pelerinage temporel pour entrer dans l'éternité et comparetre devant le juge supreme "
" a quitté la societé de son mary et de ses enfants "
" pour aller jouir dune vie plus contante après avoir comparu devant le Grand Juge "
" delivrée de ses incommodités pour aller dans le lieu de repos en recevoir la recompense de son sauveur "
Nous n'en finissons pas de trouver de multiples exemples et ce qui est interressant c'est le détail de ce qui a précédé les derniers instants de ses paroissiens, immortalisés d'une manière non conventionnelle , ce qui certainement n'a pas été appréciée de tout le monde.
Tableau de Gustave courbet 1850, un enterrement à Ornans
sources :
archives départementales du Morbihan
archives départementales de la Meuse
La revue Française de Généalogie (étude réalisée par Alain Fisnot)
G. Chapalain
la fileuse
Fileuse est un métier qui a été pratiqué depuis fort longtemps par nos ancêtres.
Qui n'a jamais vu des images de bergères, la quenouille à la main filant la laine de ses moutons?
C'était un métier féminin par excellence.Toutes les femmes et jeunes filles savaient filer depuis l'enfance,métier appris de leur mère.La vie était rude dans les camapgnes, aussi souvent c'était un métier d'appoint, permettant d'augmenter les modestes ressources du ménage.
Les fibres utilisées étaient la laine, le lin ou le chanvre suivant les régions. La laine pour se vêtir et le chanvre pour fabriquer des toiles.
Deux procèdés de filage ont été utilisé : le filage au fuseau et le filage au rouet.
à gauche ,tableau : bergère portant quenouille
à droite, tableau : portait d'anna Codde au rouet (1529)
Avant d'être filée, la laine étaient désuintée. C'est-à-dire qu'elle était trempée pendant 8 à 10 jours dans de l'eau ordinaire qui était renouvellée chaque jour. La laine gardait ainsi une partie de sa graisse naturelle qui lui permettera de mieux glisser entre les doitgs de la fileuse.
La fileuse devait dans la mesure du possible utiliser des brins de laine long afin d'obtenir par la suite un ruban continu en évitant ainsi de nombreux raccords qu risquaient de faire trop d'épaisseurs sur le ruban de laine.
L'opération suivante consistait au cardage de la laine. Pour cela, des brosses à carder ou des peignes à carder étaient utilisés. Le plus souvent, cela consistait en une planchette avec des pointes.La laine était étirer , trier et les impuretés éliminées à la main. Le cardage permettait de préparer la laine en séparant les brins et les alignant dans le même sens.Des brins plus ou moins longs étaient formés et enroulés sur eux-mêmes formant une sorte de ruban. La laine était alors prête à être filé.
La fileuse utilisait alors son fuseau, un bâton de bois lèger, renflé en son milieu et se terminant en pointe à chaque extrémité. Le ruban de laine est noué au milieu du fuseau, elle va le tordre entre ses doitgs, la main gauche tenant la laine, la droite lançant le fuseau, séré en son extrémité entre le pouce et l'index, lui imprimant un mouvement de rotation.
fileuses en auvergne (1918)
fileuses en corse
La rotation provoque la torsion de la laine et le poids du fuseau son étirement jusqu'à l'obtention d'un fil mince et régulier. Quand ce fil aura une certaine longueur , environ un mètre, la fileuse l'enroulera sur le fuseau qui fait office de bobine.
Une bonne fileuse pouvait traiter entre deux cents et deux cent cinquante grammes de laine par jour.
jeune fille de Saint Jean brevelay (morbihan) en costume traditionel avec sa quenouille. (1890)
Par la suite le fuseau sera remplacé par le rouet. Le fuseau est entraîné par une roue qui le fait tourner régulièrement sur lui-même. Il suffit d'accrocher la laine au fuseau et elle va s'étirer au fur et à mesure que la roue sera actionnée avec le pied par une sorte de pédale.
Le rouet permettra un travail plus facile et celui de pouvoir filer sans interruption de garndes longueur de fils.
Selon la qualité des fibres et l'habilité de la fileuse, on obtient des fils de grosseurs différentes qui seront mis en écheveaux sur des dévidoirs.
fileuses bourbonnaises au rouet (1910)
fileuse au rouet à le guerno (morbihan) 1890
fileuse au rouet
grandcamp (morbihan)
fileuse devant son rouet à locminé (morbihan)
Le principe du filage s'il était relativement simple demandait quand même une certaine d'extérité obtenue avec la pratique quotidienne, mais comme toute chose, certaine fileuse était plus habile que d'autre à l'ouvrage.
fileuses du berry
sources :
photos cartes anciennes geneanet, fonds david (AD morbihan)
wikipédia, les métiers anciens, les métiers d'autrefois, les fileuses.
g. chapalain
Bonsecours, le funiculaire et le tramway
Bonsecours, commune de seine maritime située sur le plateau est, au-dessus de la ville de Rouen à une altitude de 161 mètres domine par une colline crayeuse les méandres de la seine.
Elle porta différents noms au cours des siècles :
1030 Blosville ou Bloville , dont on voit le nom sur la carte de cassini 
(cilquer sur les photos pour les agrandir)
datant de 1750.
de 1793 à 1797 Blosseville la montagne
de 1797 à 1959 Blosseville Bonsecours
depuis 1959 Bonsecours
Jusqu'en 1890,Bonsecours ne disposait que de très peu de liaisons pour rejoindre Rouen, la capitale normande. Un premier projet de tramway dit de granit vit le jour en 1876, présenté par Mr Cordier. Ce projet fut vite abandonné du fait de son côté technique difficilement réalisable et de son coût honnéreux.
Ce n'est qu'en 1892 que Bonsecours fut relié à la capitale par un funiculaire à contrepoids d'eau grâce à deux ingénieurs suisses, MM. Ludwig et Schopfer qui en assurèrent la construction et l'exploitation. Déclaré d'utilité publique le 8 juin 1892 ,le funiculaire sera inauguré le 19 juin 1892.
Le funiculaire montant à la station supérieure entre le monument jeanne d'arc et le casino.
Ce funiculaire partait du faubourg d' Eaulpet sur la rive droite de la seine pour se rendre sur l'esplanade de la Basilique N.D. de Bonsecours en parcourant une distance de 400 m et s'élevant ainsi à 132m au-dessus de la seine. Chaque voiture pouvait transporter 90 personnes dont 50 assises et était équipée d'une cuve à eau pouvant être remplie en 5 mn. En général, le funiculaire effectuait 12 allers et retours par jour. Le remplissage de l'eau se faisait au plan d'eau situé à côté du casino.
Chaque extrémité d'un cable était attaché à une voiture, l'une montant, l'autre descendant. Le cable s'enroulait sur une poulie au sommet de la station supérieure. Les voitures portaient une cuve à eau sous leur plancher .A la station supérieure, on remplissait d'eau la cuve de la voiture qui allait descendre, elle entraînait ainsi la voiture montante et la vitesse était modérée à l'aide d'un frein à crémaillière.La vitesse du funiculaire était inférieure à 2 m par seconde car le wagon descendant avec sa cuve pleine d'eau pesait un poids assez considérable. Ce système n'était utilisé que sur des distances assez courtes.
Mention du funiculaire dans le guide national du voyageur édition 1900.1901
A la station d'Eauplet, un bateau assurait la correspondance avec Rouen. Le funiculaire du affronter la concurrence du tramway et faute de passagers suffisants , mis en liquidation judiciaire, il ferma définitivement le 25 mai 1915.
le trajet du tramway de la route neuve au haut de bonsecours et le parcours du funiculaire traversant la route neuve (appelée maintenant la route des poids lourds).
Un tramway en traction vapeur fut envisagé en 1889, puis en 1895 un tramway électrique dont l'exploitation sera confiée à la compagnie du tramway de bonsecours. Ce projet est du à M. Armand Ruquier entrepreneur de briqueterie et à son fils Marcel, ingénieur.Après d'énormes travaux, la ligne est mise en service le 21 mai 1899. D'une longueur de 5630 m entre le pont Corneille et le croisement de la RN 14 avec le chemin de Belbeuf, 7 motrices y circulent pouvant acceuillir 48 passagers avec éventuellemnt une remorque de 42 autres passagers. L'exploitation du tramway durera jusqu'au 24 février 1953.
De 1892 à 1915, les deux modes de transport ont coexisté.Les guides touristiques des années 1900 nous informent des itinéraires à prendre pour aller de Rouen à Bonsecours:
Trajet aller par le tramway et retour par le funiculaire
les deux itinéraires sont proposés.Il est interéssant d'y voir les prix mentionnés
A l'occasion de la réhabilitation de la sente du tramway qui était envahie par les broussailles et la végétation,la municipalité de Bonsecours a organisé en association avec les sections randonnées de l'ASCB et Acceuil Bonsecours une balade le samedi 25 juin 2011.Le débroussaillage, l'aménagement et la mise en sécurité du site ont été réalisés par les Brigades Vertes pour le compte de la CREA en 2010.
Je vous propose quelques photos de ce parcours.
plaque indiquant la sente de l'ancien tramway et l'arrivée du tramway en haut de la côte de Bonsecours
descente en direction du viaduc
toujours en direction du viaduc et de la cavée
la cavée et le tramway montant de la cavée vers bonsecours
le virage du viaduc
le viaduc vu de la route des poids lourds et la descente vers eauplet
descente le long de la route des poids lourds (anciennement la route neuve)
jonction avec la route des poids lourds et tramway dans la côte de bonsecours
en haut :le casino, la basilique, la gare haute du funiculaire et monument jeanne d'arc
en bas : le casino
la basilique, le monument jeanne d'arc, le plan d'eau où se ravitaillait le funiculaire dont l'emplacement est désormais symbolisé par le monument en pierre dit"la grenouille" devant le nouveau casino.
l'arrivée du funiculaire et le monument jeanne d'arc
sources:
photos prises par g.chapalain
cartes postales anciennes de geneanet
encyclopédie galica et wikipedia
g.chapalain
événements climatiques 2
La sécheresse qui frappe actuellement notre pays inquiète de plus en plus les agriculteurs et les éleveurs qui doivent faire face aux problèmes de trouver la nourriture pour leurs bêtes face à un manque de fourrage.
La crainte d'une sécheresse comparable à celle de 1976 par sa précocité est dans tous les esprits.
La chaleur conséquence de cette sécheresse engendre de multiples orages plus ou moins violents suivant les régions, occasionnant de multiples dégâts.
Pourtant, au cours des siécles, des situations similaires se sont présentées. En consultant l'ouvrage du Dr Fuster , écrit en 1845: " des changements dans le climat de la France: histoire de ses révolutions métérologiques." à la page 263 et 264 nous trouvons les dates d'un grand nombres d'années de temps orageux et de sécheresses au cours des siècles.
Voici ci-dessous ces dates:
pour les périodes de sécheresses :
pour les périodes d'orages:
exemple de l'été en 1726 dont la chaleur dura du mois de mai au mois d'août.
exemple d'un orage en 1613 frappant la région de Rouen et dont la grêle avait la grosseur d'une noix et d'un oeuf.
Naturellement en consultant les registres paroissiaux, nous trouvons aussi des références à ces intempéries que certains curés n'ont pas manqué de mentionner, tant l'mpact a été profond dans la région.
Sécheresse à ST malo de Bignan (Morbihan) en 1785 :
Cette année (1785) il se fut sentir une extreme secheresse pendant près de sept mois, depuis le six janvier jusqu'au 20 d'aoust et ne tomba presque pas de pluie. aussi il n y eut presque point de moisson.le seigle valait six francs le bled noir cinq livres dix sous et le cidre qui ne valait que 4 livres la barrique au commencement de l'année, valait 30 livres sur la fin. Le fion fut jusqu'a 200 livres le millier.
Orage à Trégranteur eu guégon (morbihan) en 1705 :
L'an de grace mil sept cent cinq je soussigné curé de la trève de tré granteur paroisse de guegon évéché de Nantes certifie le vingt huitieme du mois de décembre ans quedevant le closé de la paroisse de guegon tomba sur les deux heures apres minuit dans lequel il y avoit troix closses qui tombée avec luy sans casse et par un grand vent impeteux qui epouventoit tous le mondes et sébastien Bourée e moi avec ... de laditte paroisse depuis vingt sept ans et la meme nuit la crois de nostre closé de trégranteur fut beaucoup tortillée et courbée par ce grand vent impeteux qui donnoit de la frayeur à tous le monde tellement que lon croioit etre aux derniers jour de la vie. en foy de quoy jay signé à trégranteur ce niesme jour et ans que devant-----
(vincent bourée curé de trégranteur de 1705 à 1724)
(sébastien bourée,curé de guegon de 1679 à 1701, pourvu en cour de Rome.)
(le clocher de cette église était l'un des plus haut du dioséce et était estimé à environ deux cents pieds de haut. Il fut construit en l'an 1400.)
Orage à Remmungol (morbihan) en 1746 :
Le onze d'aoust environ a deux heures apres midy il y eu un orage qui dura trois heures, le presbitèer etois tous rempli d'eau, elle y entroit par les fenestres. cet orage emporta au Brégvé cinquantes quinteaux de seigle à pierre guillouze et quarante quatre à robert soudrain sans compter letort qu'il fit aux autres particuliers, les chamvres les lins...dans les chemins, les moulins eurent beaucoup de domage, quelquesuns furent emportes, il y eux des bétes noyées, enfin jamais on avoit vu un pareil déluge, le tonnaire et les eclaires faisoient frémir. il y avoit dans la salle et cuisine et case deux pieds d'eau. recteur P. Locast
Orage à brandivy (morbihan) en 1781 :
Les premiers septembre, pludrain, locmaria et grand-champs et autres lieux jusqu'a Brandivy ont ete abimés par une pluis de grelle, la grelle etait si grosse quelle a cassé les vitres des eglises de locmaria et de burigo et du presbitère. les blés noirs et millet et.. sont tellement hachés qu'ils nont ete bons àvivre les pommes et poires ont été troués et toutes mortifiérés, quantité d'oiseaux ont été trouvé morts, pies,gays,...,lapins, lièvres et des loups ont tellement été blessés qu'ils sont restés sur le carrau. au 15 du meme mois nous avons eu le meme grain mais il ne nous apas fait tant de mal.
Comme quoi, nous pouvons trouver au cours de nos recherches généalogiques beaucoup de faits interréssant la vie de nos ancêtres. Les registres paroissiaux nous en fournissent parfois quelques uns et se révèllent instructifs à la lecture des commentaires esquissés par le curé sur sa communauté.
g. chapalain
sources:
registres paroissiaux des AD du Morbihan
extrait du livre du Dr. fuster: des changements dans le climat de la France (consultable sur Gallica (bibliothéque numérique)
événements climatiques 1
Les registres paroissiaux renferment parfois de précieuses informations concernant des faits météorologiques..Ces faits relatés par certains prêtres dans les registres, nous permettent d'apréhender ces épisodes de froid ou de sécheresse qui ont des conséquences plus ou moins importantes suivant leur intensité sur la vie et les récoltes des paysans.Cela peut les plonger dans la misère ou bien faire décèdé les plus fragiles.
Je me permets de relater quelques faits exceptionnels à travers les registrtes paroissiaux du Morbihan, département où j'effectue mes recherches généalogiques actuellement.Vous y trouverez à droite de la page , la photocopie dela note du curé sur les registres (cliquer sur l'mage pour l'agrandir) et à gauche la traduction, même si la lecture en est lisible.
Les froids rigoureux
Au XVIIe et XVIIIe siècle, la France subit des froids très intences , plongeant les régions dans des hivers glacials. Nous retrouvons trace de ces périodes dans le Morbihan au travers de notes rédigées par quelques curés sur les registres de décès.
En 1762, le prêtre de Néant sur Yvel nous explique "qu'i est fait une neige et un vent si pernicieux...":
Le samedi traize du mois de novembre de cette année il est fait une neige et un vent si pernicieux et froids qu'un grand nombre de persones sont mortes de froids; on en conte beaucoup qui sortoient du Marché de plédan, et beaucoup qui sortoient aussi de celuy de Josselin. il y en a 7 a 8 de paimpont; 1 de Mauron; 2 de Tréhorenteur, 1 de Campénéac, 2 de Beigon,1 de Taupnt; de la chapel sous plormel et de Seran et des environ bneuacoup dit on, je nen suis pas bien certain.
Leclere curé
Au début de l'année 1768, dans la commune de Sarzeau ,20 paroissiens meurent par suite de grands froids, le curé met un nota en marge des registres de décès :
Nota : du 1 au 15 janvier 1768, il se trouve 20 entermens de paroissiens de 60 et quelques années et 70. 80 ans mortes par effet ordinaire du grd froid qui fut excessif surtout depuis la veille de noel; et depuis la veille des Roi cette année, jusquas vers le 10 janvier.
En 1788, le recteur de Saint Gildas de Rhuys consigne dans une très longue note les méfaits de la violence du froid qui sévit dans la région :
La violence du froid nous a enlevé beaucoup de vieillards en cet hiver. les deux derniers mois de cette année 1788 lefroid a été très rigoureux ici comme ailleurs. tellement que les Bargers de trent mouth et les autres marinioers des Dioceses de Vannes et de Qimper qui pechoient des harengs sous le grand-mont furent contraints de quitter leur peche, bien qu'elle fut abondante.
Ils vendirentle cent de harengs assez cher, et tous ceux d'ici qui en avoient acheté, et il y en avopient beaucoup, les ont revendus à profit dans le careme de 8g parceque la peche ne donne gueres.
Durant les grands froids les eaux de la grande mer au Sud d'ici etoient glacées jusqu'auix basses des deux Rohuis, de Seltas (ou St Gidas), de Bauzec et des autres tout le long de notre cote, et en plusieurs endroits jusqu'à 3/4 de lieux au large, surtout la ou il y a de platures ou beaucoup de vase.
suite
dans le Morbihan la mer etoit encore plus glacée, surtout dans les petits etiers,et les endroits exposés auvent de Bize de maniere que l'on passoit à pied pardessus la glace du rivage de Porhennez en Arzon à celui du Pouil en cette paroisse, près le logeo, ce que nul homme de ce pays se souvient d'avoir vu.
Les coquillages appellés Bernic ainsi que les huitres ont peri par la rigueur du froid.
Une grade quatité de poissos ot perri semblablement tant à cause de la neige qui les detruit, que par lextreme dureté du tems, et quand le degel fut avancé il vint à la cote en grand nombre de cogres et autres poissons qui etoient morts ou gelés.
Les petits oiseaux alloient se coucher dans les puits, et y tomboient gelés.
presque tous les merles sont morts:
suite
memes les corbeaux, corneilles et autres oiseaux de moyenne taille restoient congelés en differens endroits
Depuis le mois d'octobre dernier l'eau etoit si rare en toute paroisse qu'on se levoit des minuit pour etre des premiers aux puits ou aux fontaines, ensuite on y montoit une espace de garde durant la meilleur part de la nuit pendant que le froid le permettoit, et enfin ceux qui avoient des boeufs etoient obligés d'aller chercher de l'eau au loin avec leurs charettes.
Les legumes et les betes herbes ont aussi pêri, et on n'a point pu faire de boudins, suivant l'usage.
Pour surevoit de mal depuis le commencement de 8g il est mort un très grand nombre de moutons, brebis et aigneaux et aussi quelques autres pieces de betail, ce qui vient en partie du defaut de fourage, ou peut etre de la mauvaise qualité des eaux, car il n'y a point ivi un seul ruisseau d'eau potable
suite
et qui coule en tout tems nous n'avons que des ruisselets ou torrens formés des eaux pluviales qui tarissent dans le tems de sechage et que les eaux au degel et après les premieres pluies qui l'on suivi, se sont trouvés gatées et corrompues par les corps morts ou pourris des oiseaux et differentes autres betes ou insectes tués par la vivacité du froid.
enfin comme on n'a point ete assez soigneux d'enfouir les cadavres des moutons et autres betes mortes, leur odeur à ajouter à l'infection de lair, et des eaux, ce qui pourroit avoir causé des maladies vermiculaires, et de quelques fievres putrides qui nous ont enlevé des grandes personnes, et aussi trois ou quatre enfans, morts en moins de jours de maladie. plusieurs de ceux cy-defuns ont rendu des vers, d'autres ont eu des eruptions pelliculaires qui leur ont enlevé l'enveloppe extérieure de la peau, avec des maux violens de tete, de gorge et de coliques et des voyemans, tous ceux qui ont eu ces maux sont heureusement en convalescence.
On peut dire que ces prêtres ont transformé les registres paroissiaux en bulletins métérologiques.
Suite pour d'autres faits métérologiques dans un prochain message.
g. chapalain
source :le service action culturelle des archives départementales du Morbihan
















































































