En décembre 1708, les températures clémentes de 10°C sur la France ne laissent pas présager de la suite à venir. Chacun pense que cette douceur pour un hiver va continuer ainsi. Hélas, dans la nuit du 5 au 6 janvier 1709,un froid terrible s'abbat brusquement sur tout le pays. Les températures s'abaissent en quelques heures pour atteindre un niveau au-dessous de -23°C. Un froid galcial venu de toute l'Europe envahit toutes les régions de France.Déjà épuisé par la guerre de succession d'espagne, le pays connaîtra un hiver exceptionnel qui restera dans les mémoires comme celui du "grand Hyver".

La seine fut prise dans les glaces et toute la navigation fluviale interrompue jusqu'à Rouen. Dans les campagnes s'est un désastre car tout le monde a été pris au dépourvu.Le froid, la famine et les épidémies seront responsables de la mort d'environ 1 million de personnes ( surtout les enfants).

De ce triste épisode climatique , nous trouvons de nombreuses références dans les registres paroissiaux de l'époque. Certains curés ont été assez explicite quant à relater les conditions extrêmes de cet hiver. Voici un aperçu du registre paroissial de Monterre-Silly dans le département de la Vienne :

 

hiver 1709

 

 

De temps immémorial on a vécu un froid si extraordinaire que celuy de la présente année 1709.Il commença le samedi au soir de 5 janvier,le lendemain, jour des rois, il fit un froid extraordinaire. Le lendemain, jour de la foire de Richelieu le froid fut si grand que le vin glaçait dans le verre auprès du feu. Les ruisseaux furent gelés à porter les chevaux. Le mardy le froid augmenta et le sang precieux gela à Claunay où je dis la messe, il tomba de la neige la nuit du mardy au mercredy qui bien loin de diminuer le froid ne fit que l'augmenter et dura toujours en s'augmentant jusqu'aun23 du même mois de janvier. Pendant tout ce temps, je veux dire depuis le 5 jusqu'au 23, le froid fut si épouvantable que le vin gela dans les celliers et même dans plusieurs caves de Loudun, le pain gelait attaché dans la cheminée, il dégelait du côté du feu et gelait de l'autre.Il dallait avoir des fers chaux pour tirer du vin et il gelait en sortant du bussart. On trouvait les oiseaux, particulièrement les pinsons, morts dans les chemins, dans les maisons les pigeaons entraient en foule dans les chambres et venaient mourir auprès du feu. La neige demeura sur la terre pendant tout ce temps là, mais il faisait un vent de bise su grand qu'il faisait voler la neige des maisons et des lieux auts dans les lieux bas qui auraient conservé les blés sans..

 

 

 

 

hiver

 

 

 

... l'accident que je diray dans la suite.Le bois des vignes gela entièrement et d'une telle manière que le peu qui avait resté et qui avait été conservé sous la neige produit quelque chose à la vérité, mais il vient ensuite des brouillards au mois de juillet qui perdirent ce qui avait resté de sorte que dans la dixme et dans les clos de Mouterre dépendant de la cue il n'y a eu qu'une buse de très méchant vin. Les vignes ont cependant poussé du pied et nous promettent demie vinée l'année prochaine. Tous les noyers sont morts, excepté une petite quantité de petits qui paraissent vifs. Les deux tiers des arbres de toutes les espèces sont morts et ne poussent que un peu du pied.Les froments dans les hauts lieux comme Beaussay, Preuilly, Brou, Jalnay de cette paroisse, et aussi des autres lieux dans les autres paroisses ont entièrement gelé parce que la neige avait été poussée par le vent dans les fossés. Cependant, après le dégel qui commença le 23 et continua jusqu'au dernier jour de janvier, il paraissait que la racine des blés poussait un petit germe et on espérait encore recueillir du froment, et on commençait à se consoler des grands froids, croyant en estre quitte et pour moy je le croyais si bien que le dernier du mesme mois qui arriva le jeudy il fit un si beau jour et un temps si agréable que je fis faire mes grennes et mon jardinier qui accomodais mes planches estait mis en chemise et mouillait comme à la Saint Jean.

 

 

 

hiver

 

 

...Mais on fut bien surpris que le lendemain1er jour de febvrier  que le froid recommença et serra la terre comme auparavant, lequel froid dura jusqu'à la my febvrier qui acheva de geler la racine des blés. Il s'en faut pourtant de beaucoup que le second froid ne fust si grand que le premier car le pain ne gela presque pas non plus que le vin, mais comme le dégel avait humecté les racines du blé et que la gélée vint fortement là-dessus, il ne s'est pas cueilli presque de froment dans les bauts lieux... ( arrêt transcription à la ligne 12).

(reprise transcription à la ligne 24 )... Le blé fort cher, 2 et 3 mois après la gelée on vendait le froment 55 sols et encore n'entrouvait t-on pas. Mais il vient au mois de mai une déclaration du Roy qui ordonna que on porterait au marché le blé nécessaire, et pour lors les marchés en regorgèrent et il a toujours valu et vaut encore à présent 40 sols le boisseau de froment.Il est à remarquer que dans les bas pays comme à Silly, et dans le marais les froments s'étaient conservés soubs la neige et on espérait en cueillir au moins double semence, mais il vient au mois de ...

 

 

 

 

 

hiver

 

...juin,sur la fin, pendant que le froment estait en fleur, car il fleurit fort tard, il vient des gelées le matin et des brouillards qui les perdirent entièrement et il devient pas plus gros que de petit seigle et en très petites quantités, et qui a beaucoup incommodé les particuliers ne pouvant plus y mettre de baillage.

 

hiver4 1709   

hiver3 1709 

 


      

 

 

 

peinture représentant le "grand Hyver"

 

 

 

 

Pour finir, voici un extrait tiré des annales de Villefranches de Rouergue (d'Etienne Cabrol) qui nous montre bien les rudesses de cet hiver 1709.

"Cette année 1709 est très remarquable par le froid extraordinaire et surprenant qu'il fit cet hiver ...il commença à se faire sentir sur les 9 à 10 heures du soir du 6 au 7 janvier et dura avec tant de force toujours en augmentant jusqu'au 22 du dit mois sans aucune relâche nuit et jour que le vin gela dans la vaisselle vinaire, quoiqu'il fût  bien pur et bon, même l'eau de vie glaçait d'abord qu'elle était versée dans un verre, des clefs se prirent dans le moment aux lèvres de certaines personnes dès qu'on les porta à la bouche et le 21 janvier il arriva à un homme qu'une assiette sur laquelle on avait mis un bouillon tout chaud sortant du pot pour le goûter, se prit à ses lèvres et en la retirant lui emporta la peau de dessous, quand il voulut l'ôter, à l'heure de midi, quoique la chambre où cela arriva fut bien fermée avec un bon feu.Des gens qui dormaient dans leur lit,en s'éveillant trouvaient leur bonnet collé et gelé au chevet de leur lit, leur haleine épaissie s'étant glacée sur le coussin.Enfin les personnes qui se tenaient auprès d'un grand feu, les portes et les fenêtres bien fermées, à peine ressentaient-ils sa chaleur, et le bois sec brulait sans viguer...La deuxième semaine de carême, le lundi, revint encore le grand froid qui se fit bien ressentir pendant 10 à 12 jours , et gela presqu'aussi fort que devant et le reste de ce carême il fit encore beaucoup plus froid entremêlé de dégel, ce qui cause la démolition de plusieurs bâtiments, et des maisons entières croulèrent jusqu'aux fondements dans la présente Villefranche. Lors de cette première grande gelée le froid était si véhément, qu'on trouva des hommes morts sur les chemins par la rigueur de la saison, en ce même temps il arriva en la présente ville, qu'un tireur de laine fort malade, des fièvres pestilentielles, était dans une forte rêverie, se leva bon matin et sortit de sa maison tout en chemise, courant par les rues, et étant passé par la porte de  Guiraudet s'en alla tout en fièvre comme un insensé jusqu'au moulin de la Bouïsse près d'Horlhonac. Sa emme surprise de ne le trouver point au lit, le chercha partout en vain, car on l'avait arrêté à ce moulin n'en pouvant plus, et l'ayant réchauffé, on le ramena le soir chez lui, où il resta longtemps fortmal, pourtant sans mourir de cet excès, duquel il n'eut que les doigts des pieds qui lui tombèrent tout à fait. A la fin, il rétablit sa santé et vécut encore plusieurs années, gagnant sa vie du travail de ses mains, ce qui parut une chose fort étonnante et digne d'être remarquée. On allait pour lors à la chasse sans poudre ni fusil parce qu'on prenait les, lièvres, les lapins, les perdrix et les autres oiseaux de plusieurs espèces sans peine à la main. Enfin ce qui endommagea le plus tous les arbres fruitiers, car les autres ne périrent point par cette rude saison hormis les plus vieux..."

g.chapalain

sources:

BMS 1703/1715 page 46à 48  de Mouterre-Villy.

votre généalogie, février-mars 2014